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Laiterie du Berger : une expérimentation prometteuse

Par Jonathan Michaud, Crédit Agricole Franche Comté

La raison d’être de la Laiterie du Berger

Transformer le lait collecté auprès des éleveurs Peuls de la zone de Richard Toll au Nord du Sénégal est inscrit dans le projet d’entreprise de la Laiterie du Berger (LDB) et ce depuis ses débuts en 2008. Les Peuls, éleveurs nomades, ont toujours produit du lait principalement destiné à l’autoconsommation et considéré comme un sous-produit d’un troupeau allaitant. L’ambition de la LDB est de faire de ce lait une production à part entière, destinée à la vente, générant un revenu stable pour le foyer.

Cette idée forte d’un développement intégré et durable à travers la valorisation d’une production agricole par une entreprise de social business a fait converger de nombreuses initiatives autour de la LDB qu’elles soient portées par des acteurs de la recherche, du développement ou par la Laiterie elle-même. Bien que souffrant quelquefois d’un manque de cohérence entre-elles, toutes les actions menées ont cependant permis de tirer de nombreux enseignements, d’élaborer des outils de suivi et de contribuer ainsi aux prémices d’une véritable dynamique territoriale autour de la production laitière. La Laiterie du Berger et ses actionnaires ont souhaité aujourd’hui capitaliser et valoriser toute cette riche expérience pour repartir sur une nouvelle étape du développement de la filière lait au Sénégal.

Un partenariat ambitieux pour développer la filière laitière au Sénégal

Aux côtés de la Fondation Grameen Crédit Agricole, La Caisse Régionale de Crédit Agricole Franche-Comté a souhaité s’investir pour accompagner la Laiterie du Berger dans ce projet enthousiasmant. C’est donc dans ce contexte qu’une mission d’appui a été menée dans le cadre du programme de volontariat de compétences « Banquier Solidaire by CA ». L’objectif : élaborer un plan de développement de la filière laitière visant à concilier les besoins de la Laiterie du Berger, son impact social et les attentes des éleveurs et du territoire.

Le plan d’action proposé au terme des deux semaines de travail a été validé par le Conseil d’administration de la Laiterie du Berger en juin dernier. Il est fruit d’un travail collaboratif avec les équipes de la Laiterie et de la Fondation, et des échanges avec les autres actionnaires, capitalisant sur les expériences passées et bénéficiant de l’analyse des principales parties prenantes.

La mini-ferme : point d’entrée du plan stratégique

Le plan d’action se structure en deux phases. Dans un premier temps, le projet est de déployer 15 mini-fermes pour éprouver et fiabiliser le modèle tout en construisant les conditions matérielles et immatérielles nécessaires (chantier de récolte de fourrage, mise en place de conseils en élevage, formation des éleveurs, structuration des acteurs). Dans un second temps, et de manière progressive, le plan vise à déployer 100 mini-fermes à l’échelle du territoire pour impacter le plus grand nombre d’éleveurs.

Une mini-ferme est un pôle de spécialisation laitière au sein du troupeau dominant allaitant. C’est le lieu où l’ensemble des facteurs de production matériels et immatériels sont réunis pour optimiser et maximiser la production laitière : alimentation, abreuvement, suivi de la reproduction, conseil. D’un point de vue très pratique pour les éleveurs, la mini-ferme consiste à stabuler les quatre meilleures vaches laitières du troupeau à chaque instant de l’année, le point de départ étant constitué par l’achat de quatre zébus maures (animaux à meilleur potentiel laitier que les zébus locaux) et d’un taureau métisse (croisement entre une race laitière européenne et un zébu). En réunissant les conditions zootechniques (eau, complémentation, suivi de la production et de la reproduction) et en l’accompagnant dans l’appropriation des pratiques d’élevage requises, l’éleveur pourra quotidiennement produire 20 litres de lait.

Le prix du lait payé par la LDB permettra de dégager une rentabilité pour payer l’investissement de départ tout en assurant un revenu au foyer (cf. schéma ci-contre). Cette trajectoire technique se double d’une trajectoire financière, la valeur du capital étant largement améliorée au bout d’un cycle de 4 ans, temps d’entrée en lactation des femelles métisses issues du croisement des zébus maures et du taureau métisse.

La mini-ferme permet ainsi de réunir les trois facteurs clés de succès du développement d’une filière laitière autour de la LDB : la temporalité, en laissant le temps aux éleveurs et au territoire de s’approprier et de valoriser les changements ; la trajectoire, en mettant à disposition des moyens matériels (animaux, fourrages,…) et immatériels (formation, accompagnement) pour que chaque éleveur s’inscrive dans une trajectoire de progression technique ; et la levée progressive des facteurs limitants dans le territoire (manque d’accès à l’eau, difficultés dans l’alimentation du bétail, etc.) pour permettre au plus grand nombre d’éleveurs d’améliorer et d’augmenter la production laitière de leur troupeau.

Vers un mode de développement territorial innovant

La mise en œuvre de ce plan de développement ne sera efficace et pertinente si et seulement si le projet est porté conjointement par la LDB (qui achète et valorise le lait) et par les éleveurs (qui produisent le lait). Cette approche de type filière ou interprofession doit se matérialiser sur le territoire. Nous proposons donc la création d’une entité détenue à la fois par la LDB, les éleveurs ainsi qu’éventuellement d’autres parties prenantes du territoire. Cette entreprise aura sa propre gouvernance et aura pour mission de satisfaire les besoins des éleveurs (production de fourrages, négoce d’aliments du bétail, conseils techniques, formation) et les besoins de la LDB (vente de lait) avec une obligation de résultat. Elle sera le bras armé des éleveurs et de la LDB au service d’un développement territorial équilibré basé sur la production et la valorisation du lait et pouvant demain élargir son champ d’action pour accompagner la transition vers une ruralité durable au Sénégal.