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Quelles solutions pour favoriser la bancarisation des populations exclues

La bancarisation représente la quantité de personnes au sein d’une population utilisant un compte ou des services bancaires. Il s’agit d’un indicateur de développement économique. Une population bancarisée à 60% signifie donc que 40% des personnes adultes n’ont pas accès à des services bancaires.

Dans le monde, le pourcentage d’adultes possédant un compte bancaire est passé de 51 % à 62 % entre 2011 et 2014, révèle l’étude Global Findex publiée en avril 2015 par la Banque mondiale. Le nombre de personnes « non bancarisées » a reculé de 20 %, à 2 milliards d’adultes.

« L’accès aux services financiers peut être une passerelle pour sortir de la pauvreté. Nous nous sommes fixé un objectif très ambitieux, à savoir l’accès universel aux services financiers d’ici à 2020, et nous avons maintenant la preuve que d’importants progrès ont été réalisés en ce sens », déclare le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim. « Ces efforts nécessitent la participation de nombreux partenaires : sociétés de cartes de crédit, banques, organismes de microcrédit, Organisation des Nations Unies, fondations et responsables communautaires. Mais nous pouvons atteindre cet objectif et sortir ainsi des millions de personnes de la pauvreté. » Malgré ces progrès, de fortes inégalités demeurent. Alors que les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont un taux de bancarisation proche de 100 %, ce taux tombe à moins de 20 % dans les pays les moins développés en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et en Asie du Sud.

De nombreux obstacles à la bancarisation

Les tarifs et frais de tenue de compte des banques africaines semblent trop élevés par rapport au niveau de richesse de la population subsaharienne, ce qui amène 80 % de celle-ci à thésauriser*. Ainsi au Cameroun, le dépôt minimum pour ouvrir un compte est de 700 dollars, alors que le salaire moyen est de 98 dollars par mois.

Comme nous avons pu le voir en France en 1969, la bancarisation passe souvent par une obligation imposée par l’Etat. En juillet 2011, la bancarisation de la paie des fonctionnaires congolais a imposé à 700 000 d’entre eux une ouverture de compte bancaire.

Téléphonie mobile et microfinance au service de l’accès aux sources de financement

L’enquête Global Findex souligne l’importance des nouveaux canaux de distribution utilisant notamment la téléphonie mobile et Internet. Dans le monde, seulement 2 % des adultes possèdent un compte sur mobile. En Afrique subsaharienne, ce taux atteint déjà 12 %, ce qui représente environ 64 millions d’utilisateurs.

La bancarisation commence souvent avec l’accès au crédit. Selon ce rapport de la Banque mondiale, l’encours des prêts accordés par les 1 391 institutions de microfinance (IMF) recensés par la société MIX atteignait 95,1 milliards de dollars à fin 2013 (85,6 milliards d’euros), en hausse de 12,9 % sur un an. Et le nombre de bénéficiaires a augmenté de 10,3 %, à 105,9 millions. Les IMF jouent un rôle important dans cette première étape de bancarisation. Quelquefois, elles se transforment ellesmêmes en institutions de dépôt puis en banque. Selon la BCEAO**, le taux de bancarisation*** Sénégal est passé de 6% en 2010 à 19% actuellement, si l’on tient compte des services offerts par la microfinance. À l’origine, la microfinance était contenue au microcrédit (de très petits prêts accordés à des emprunteurs non salariés ayant des garanties limitées ou inexistantes), mais, peu à peu, cette définition s’est étendue à d’autres opérations rendues possible par le truchement de ce type d’institutions (épargne, assurance, paiements, transferts d’argent, etc.).

Au fil du temps, les institutions de microfinance se sont efforcées d’élaborer des produits et des prestations susceptibles de coller aux spécificités des populations à faible revenu. Ainsi, la microfinance a recours à des mécanismes de prêts de groupe et à des garanties collectives. L’accroissement graduel du montant des financements permet d’évaluer avec justesse la solvabilité des clients. Aujourd’hui, le monde de la microfinance continue de chercher à mieux comprendre les besoins financiers de ces clients à faible pouvoir d’achat mais à fort potentiel de créativité, pour y répondre avec toujours plus de pertinence. La microfinance et sa démarche éthique d’inclusion financière représentent un enjeu économique et social majeur non seulement dans les pays en développement mais aussi dans les pays développés ou la paupérisation s’accroit dramatiquement (6% des Européens vivraient en Europe sous le seuil de pauvreté). En proposant des services financiers adaptés, la microfinance peut contribuer à nourrir cette dynamique vertueuse pour peu qu’elle adopte une démarche inclusive et responsable.

La Fondation Grameen Crédit Agricole a pris le parti de n’accompagner que les Institutions qui s’inscrivent dans cette dynamique inclusive en respectant 4 principes fondamentaux :

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* Thésauriser : mettre de l’argent de côté sans le dépenser ni le faire fructifier, en le gardant en dehors du circuit économique.
** Les 8 pays de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest sont : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo. Ils ont une banque centrale commune (la BCEAO) et une monnaie commune (le Franc CFA).
*** Le taux de bancarisation au sens strict est calculé par la BCEAO sur la base de la population de plus de 15 ans, hors les comptes ouverts dans les systèmes financiers décentralisés, les émetteurs de monnaie électronique et les services financiers postaux.


Source : Fric-Afrique ; LesEchos.fr ; LeMonde.fr ; Rewmi.com ; Microfinance Gateway ; Banque Mondiale