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Le mobile banking comme outil d’inclusion financière

Le mobile banking s’est considérablement développé en Afrique au cours des dernières années. La diffusion des équipements abordables rend possible une offre de paiement ainsi qu’une palette de services financiers sans compte bancaire, le téléphone portable pouvant servir de carte bancaire virtuelle et stocker les informations concernant le client et l’institution financière. Au Kenya, où un cinquième des habitants possède un téléphone portable, 68 % des adultes utilisaient cet outil pour payer leurs factures ou envoyer ou recevoir de l’argent en 2011.

Au cours de la dernière décennie, la téléphonie mobile s’est développée de façon exponentielle en Afrique alors que le taux de bancarisation, lui, demeure faible. La téléphonie mobile réduit les contraintes géographiques et les coûts de transaction ce qui permet d’accroitre la diffusion d’un modèle de banque à distance sans assumer des coûts de distribution rédhibitoires pour une diffusion massive.

Cette croissance exponentielle crée une opportunité unique de développer les services bancaires. La majorité de la population africaine, en effet, n’a pas accès aux services bancaires formels. L’Afrique subsaharienne a ainsi le plus faible taux de pénétration des établissements de dépôt au monde, avec une moyenne de 16,6 %. Dans les zones rurales, qui représentent 60 % de la population africaine totale, le réseau des banques commerciales est pratiquement inexistant.

L’implantation rapide du mobile banking sur le continent

Le « mobile banking », a probablement été inventé au Kenya en 2007. C’est ainsi qu’aujourd’hui, l’Afrique subsaharienne occupe la première place mondiale au niveau des transferts d’argent par téléphone dans un continent où 80% des adultes restent exclus du système bancaire. Au Kenya, 80% des adultes ont un abonnement téléphonique et seuls 19 % dispose d’un compte bancaire. Les transferts de fonds internationaux sont effectués de téléphone à téléphone en temps réel. Le pays dispose de plus de 24 000 points de vente M-Pesa (opérateur national de transfert d’argent) soit plus de cinq fois le nombre total de bureaux de poste, de banques postales, d’agences bancaires et de distributeurs automatiques de billets dans le pays.

En 2009, M-Pesa comptait 10 millions d’utilisateurs. Ce chiffre a progressé pour atteindre 17 millions fin 2011, dont un tiers de personnes non bancarisées. Les services financiers de M-Pesa, qui se sont étendus aujourd’hui à une dizaine de pays émergents, ont une faible valeur mais les volumes sont importants et ils génèrent des gains conséquents. En novembre 2014, les transactions de M-Pesa pour les onze premiers mois de l’année ont été évaluées, rien que pour le Kenya, à 2 100 milliards KES (environ 19 milliards d’Euros), en croissance de 28 % par rapport à 2013, ce qui représente presque la moitié du PIB du pays.

En matière de mobile banking l’Afrique fait figure de pionnière et de laboratoire mondial : à lui seul, ce continent compte 15 des 20 plus grands pays du monde en termes d’utilisation de l’argent mobile. Le marché du mobile banking, estimé à 200 milliards de dollars en 2015, est donc un formidable vecteur d’inclusion économique puisqu’il permet aux plus pauvres, mais pas seulement, de disposer de services bancaires.

Favoriser l’accès des populations à la téléphonie mobile constitue sans doute aujourd’hui un formidable accélérateur  d’accès aux services financiers et, partant, d’inclusion financière d’une partie majoritaire de la population africaine aujourd’hui exclue des mécanismes traditionnels de financements de l’économie. Mais c’est aussi un formidable terrain d’observations, d’expérimentation et d’inspiration pour les pays de l’hémisphère nord dans lesquels les effets grandissants de la paupérisation et de l’exclusion se font cruellement sentir.

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Source : Jeune Afrique ; Initiative for Africa ; Tendances Eco ; CGAP