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La Microfinance comme outil de finance inclusive

Le tiers de la planète est exclue du système bancaire classique

Même si les chiffres sont difficiles à consolider, la Banque mondiale estime à 2 milliards le nombre d’adultes dans le monde qui ne sont pas bancarisés. Les raisons pour expliquer ce phénomène sont nombreuses : absence de revenus stables, de garantie. De nombreuses études invoquent également et fréquemment le coût des services financiers et des modèles de distribution bancaire orientés vers les populations solvables à revenus intermédiaire ou élevés en oubliant les populations à faibles revenus. Elles sont nombreuses à juger l’offre bancaire classique inadaptée et peu accessible aux usagers « du bas de la pyramide sociale ». Certains groupes de population sont plus particulièrement touchés par cette exclusion : les femmes, les ruraux pauvres et les populations isolées ou difficiles à atteindre.

Du microcrédit à la finance inclusive

Le premier objectif de la microfinance est de proposer des financements de faibles montants pour permettre au client bénéficiaire d’entreprendre des activités génératrices de revenus et de rentrer ainsi dans un cycle vertueux d’intégration sociale par la dynamique économique. Depuis de nombreuses années, le discours et les concepts ont évolué. Ils se sont précisés avec le temps et l’expérience. Se définissant dans un premier temps par le produit proposé, « le microcrédit », la sémantique du secteur désigne aujourd’hui l’objectif poursuivi : « la finance inclusive ».

La microfinance a beaucoup progressé sur le plan de la performance sociale des institutions de microfinance, évaluée aujourd’hui avec un système de normes mise au point par les praticiens du secteur et reconnues internationalement. Ces acteurs engagés ont cherché au cours des dernières années à qualifier objectivement le profil de cette finance destinée à inclure les exclus.

La Finance est inclusive lorsqu’elle permet aux individus ou aux entreprises fragiles d’accéder à un coût abordable à des produits ou services financiers utiles et adaptés (transactions, paiements, épargne, crédit et assurance…). Les populations défavorisées ont ainsi l’espoir de financer leurs activités, épargner, subvenir aux besoins de leur famille et se protéger contre les risques de la vie courante. Elle est responsable lorsqu’elle inscrit son bénéfice sur le long terme en cherchant à harmoniser les intérêts du bailleur de fonds, des bénéficiaires finaux et de la planète.

Traditionnellement, en finance classique, deux critères servent à évaluer la performance attendue : le rendement financier recherché et le risque de ne pas atteindre ce rendement. En matière de finance éthique, un troisième critère est pris en compte dans la décision d’agir : celui de l’impact social ou environnemental. Aux côtés des deux autres critères, il permet de compléter le spectre des responsabilités prises dans une opération financière. La Finance inclusive est une finance à 3 dimensions : le rendement, le risque et l’impact sociétal.

La finance inclusive favorise le vivre ensemble

L’inclusion financière existe. Elle se développe. Elle repose sur un ensemble de dispositifs mis en œuvre par diverses institutions, publiques ou privées, et par des organisations au fort ancrage local : des banques, des institutions de microfinance (IMF), des coopératives, des prestataires de microassurance, ainsi que, plus récemment, des nouveaux acteurs numériques pourvoyeurs de monnaie électronique.

La dimension inclusive de la Finance favorise le vivre ensemble. Elle œuvre pour le bien commun en favorisant le développement des territoires, l’inclusion sociale, le développement durable, le développement de l’économie dans ses dimensions sociale et solidaire et l’entrepreneuriat. Cette dimension engendre par elle-même un cercle vertueux d’utilité. Elle s’engage enfin à rendre compte avec transparence de l’usage, du contexte et de l’impact.

Une problématique encore peu adressée en Europe et en France

L’accès des populations défavorisées aux services financiers de base est une des priorités des acteurs économiques locaux ou des bailleurs de fonds internationaux dans les pays dits « émergents ». Considéré comme un des leviers du développement, le microcrédit y a considérablement progressé. On y voit aussi se déployer rapidement de nouveaux services financiers sur mobiles, à la fois simples, accessibles et peu coûteux (les Africains sont moins de 10% à disposer d'un compte bancaire, mais 70 millions pratiquent le transfert d'argent par monnaie électronique).

En Europe, une étude récente produite par Mastercard évalue à 138 millions le nombre de personnes coupées de la société au niveau financier, c’est-à-dire sans compte en banque ni moyens de paiement. Quant aux Français, ils sont 25% à dire qu’ils ont des difficultés d'accès aux produits et services financiers. Parmi eux, le tiers à moins de 34 ans et 21% un emploi à temps plein. Malgré l’ampleur de la question, la sensibilisation des institutions économiques semble bien moins forte en France et en Europe que dans les pays du Sud.

La Finance inclusive, parti-pris d’avenir

La Finance inclusive est une thématique émergente puissante, alimentée par les grands enjeux de société (inégalités, migrations, épuisement des ressources, inquiétudes climatiques, etc.), qui bénéficie d’une forte visibilité grâce à la puissance du numérique et des réseaux collaboratifs.

En France, cette Finance particulière répond à une attente croissante dans le public. Plusieurs enquêtes montrent que 8 Français sur 10 souhaitent que leur épargne soit utile à l’économie et veulent connaître la destination de leur argent. Déçus par l’action publique, ils attendent des entreprises (notamment des banques) qu’elles agissent efficacement pour un avenir respectueux des hommes et de l’environnement. Ce sentiment s’est nettement renforcé depuis la crise financière de 2008, comme le montre la forte progression des fonds d’Investissement Socialement Responsable (ISR : 746 Mds€ d’encours en 2015 selon Novethic, soit +29%). Une progression qui provient essentiellement de l’épargne salariale et serait sans nul doute plus importante encore si l’épargnant avait davantage confiance dans les promesses des établissements bancaires.

La Finance responsable avance dans la société, et ce mouvement n’est sans doute qu’à son début. Est-il seulement imaginable que la finance soit « irresponsable », qu’elle n’intègre pas les préoccupations de la société, avance à contre-courant en quelque sorte ? A court ou moyen terme, tous les acteurs financiers devront s’engager explicitement vers cette transition financière vers laquelle les poussent d’ailleurs le régulateur, les associations de consommateurs, et les nouvelles entreprises de la Fin-Tech, souvent construites sur ce parti-pris.