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5 jours en immersion à Harvard Business School, sur la finance inclusive

Dirigé par Harvard Business School et ACCION, le Programme sur le Leadership Stratégique en Finance Inclusive est un cours intensif de 5 jours conçu afin de réfléchir aux progrès et aux défis du secteur. Cette année, Hélène Keraudren-Baube, Directrice Administrative et Financière de la Fondation Grameen Creédit Agricole a eu l’opportunité de participer grâce à une bourse accordée par InFiNe Luxembourg. Voici un coup de projecteur sur cette semaine en immersion.

Par Hélène Keraudren-Baube

Nous étions une soixantaine de participants, issus de tous les continents et surtout d’horizons variés : praticiens de la microfinance, investisseurs et bailleurs de fonds, prestataires de services financiers, régulateurs… Le programme est articulé autour d’une série d’études de cas et de discussions guidées, avec une très large place faite à la finance digitale – une thématique devenue aujourd’hui incontournable pour les institutions de microfinance.

Jour 1 : L’inclusion financière en question

Notre première session de travail a visé à introduire le thème de l'inclusion financière avec des études de cas sur les partenariats public-privé portés par Mastercard en Afrique du Sud et au Nigeria. Mastercard a introduit ses cartes dans des programmes gouvernementaux pour, dans le cas sud-africain, aider à dématérialiser le versement des prestations gouvernementales, et dans celui nigérian, fournir des pièces d'identité aux personnes qui ne les avaient pas. Toutefois, en Afrique du Sud, la plupart des clients continuent de préférer l'argent liquide et ne trouvent aucun avantage réel à avoir une carte. Au Nigeria, très peu de gens ont cherché à obtenir les cartes d'identité, car le processus d’obtention était assez lourd et fastidieux. Nous en venons ainsi à constater que pousser la technologie ne mène pas à l'inclusion financière : pour que l'inclusion soit efficace, les solutions doivent être adaptées aux utilisateurs finaux.

Jour 2 : Les mutations du secteur de la microfinance

Notre deuxième journée de travail a porté sur les changements que nous observons dans le secteur traditionnel de la microfinance. Sur certains marchés, comme au Pérou, nous assistons à une évolution vers des fusions et acquisitions entre institutions de microfinance. Sur d'autres, à l’instar de la Bolivie, nous voyons des institutions de microfinance qui doivent s'adapter à des changements réglementaires. Plus récemment, nous voyons l'arrivée de la numérisation comme un nouveau phénomène auquel les IMF doivent s'adapter : comment la technologie affecte-t-elle les processus internes, la distribution des produits, les paiements, le ‘credit scoring’ ? Une discussion intéressante qui a également soulevé d’autres questions : les besoins du client sont-ils toujours prioritaires ? L’interaction avec le client est-elle préservée ?

Jour 3 : Quelles perspectives pour les fintechs ?

Nous avons poursuivi notre formation avec une autre série de cas sur l’arrivée des Fintechs dans le paysage. Nous avons étudié un système indien, où des fournisseurs de paiements mobiles croissent tant que ceux-ci ont remplacé l'argent comptant dans de nombreuses transactions quotidiennes. Le corollaire est que, ce faisant, ces opérateurs collectent des masses de données sur leurs clients, nous amenant à nous questionner : si la création d'une empreinte numérique peut sembler une bonne chose, comment assurer une utilisation et un traitement responsables des données des clients ? En Chine, nous avons examiné une plateforme peer-to-peer créée pour permettre à des individuels de financer des micro-entrepreneurs. La plateforme a réussi à se développer très rapidement et à atteindre des millions de personnes, allant bien plus loin que son modèle initial. Comment réglementer de telles plateformes, qui se sont multipliées en Chine au cours des dernières années ?

Les Fintechs apparaissent donc comme des perturbateurs de la finance inclusive, car ils créent des opportunités inédites : ils changent l'écosystème et sont capables d'évoluer rapidement. Mais si nous voulons que les Fintechs fassent partie de l'inclusion financière, nous devons placer les clients au centre de nos préoccupations : comment les protéger, leur fournir des produits et services adaptés et garantir une véritable inclusion, au-delà de l'écart entre les sexes ou du fossé urbain/rural ?

Les derniers jours ont été consacrés aux thématiques suivantes :

Le compte-rendu détaillé d’Hélène Keraudren-Baube est disponible sur le site d’InFiNe Luxembourg.